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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 09:38

2014 / 04 / 10 - Etna

Ce 10 avril 2014, décidant d'aller voir l'Etna de près, il me revient que l'an dernier, le même jour, je l'ai approché au refuge de la Sapienza - base de toutes les randonnées possibles pour aborder le géant. La boucle est bouclée. J'ai même vu un panache de fumée.

La montée s'effectue en bus. Il faut trouver la bonne boutique pour acheter il biglietto. Café, croissant, à 8 h 15 ; je suis prêt. Tandis que je cherche un endroit pour poser mon attirail, j'entends des éclats de voix. " Racisti ! Racisti ". Cela s'adresse au patron. La personne qui lui a lancé ses mots doit savoir de quoi elle parle. J'ai remarqué çà et là que les serveurs ont les grazie et les prego faciles avec les touristes, mais dès qu'ils sont obligés de servir un noir, pas de petits mots avenants et souvent, aucun regard.

A la gare routière, un père et sa fille me demandent si le bus stationné est bien celui qui monte vers Enna. Mamma mia, je dois me remettre avec précaution à l'italien. Je gesticule pour leur faire comprendre que celui-ci va à l'Etna. Que celui à destination d'Enna... " è prossimo, a il parcheggio on la destra, compania SAIS... ". Je croise les doigts. Pourvu qu'ils ne le loupent pas.

La montée est longue. Deux heures. Multiples tours et détours. Le chauffeur a l'air marrant. Je dis bien " a l'air ". Il n'arrête pas de blaguer avec un compère sur sa droite. Faut s'accrocher aux poignées. En fait, il le raccompagne chez lui. L'opération va se renouveler deux fois avec d'autres potes. Nous nous retrouvons à la sortie de Catane arrêtés à un café et cela sans raison apparente. Si ! c'est l'heure de l'espresso. Un anglais en profite pour négocier un biglietto à condition que son vélo de cyclotouriste soit mis en soute. La machine va souffrir. Un jeune gars du coin, visiblement diminué, se glisse sans payer parmi les passagers qui remontent. Il se fait enguirlander. Je le retrouverai tout en haut dans un restaurant en train de débarrasser des tables, balayer la terrasse pour quatre sous. Et il redescendra at home. Faut bien vivre. Il réussira à taper un clope au chauffeur toujours tonitruant.

Mais, à un moment, tout change. Nous traversons une coulée de lave datant de 2002. La route a été entièrement refaite. On ralentit pour s'extasier - façon de parler - devant une maisonnette émergent des flots de lave refroidie. Je comprends qu'à certains endroits, la coulée avait seize mètres de hauteur. Parvenus au refuge de la Sapienza, tout va très vite. Le téléphérique ne fonctionne pas. Montée en 4x4 grand modèle. Le parcours s'effectue en deux étapes. 60 € : ils les valent bien. Nous allons approcher des forges de Vulcain ! Non, mais ! Serrés comme des sardines, nous sommes bien obligés de discutailler. Un retraité de Francfort s'excuse de ne pas piper un mot de français, un instit luxembourgeois en vacances me conte mille anecdotes sur les volcans, une prof les a quasiment tous approchés : Pinatubo, Saint Hellen, Aconcagua. Elle ne connaît pas le Stromboli. Alors je lui raconte ma courte escapade de 2013.

Arrivés à 2600 mètres nous descendons du 4x4 et entamons la montée. Le guide raconte des banalités. Il n'a visiblement aucune connaissance géologique. Il semble plus préoccupé par le maintien de ses Ray Ban que par la curiosité des touristes. Au bout d'un kilomètre : arrêt. On comprend qu'il y a de l'arnaque. Car, depuis le début mars - suite à une éruption relativement importante, le sentier enneigé est fermé au public. L'air empeste le soufre. Et subito ! Miracolo ! Miracolo ! Le sommet se dégage. Cela en valait la peine.

Il faut attendre durant trois heures le bus pour le retour. Un plat de pâtes - même médiocres - réchauffe. Quelques allers et retours sur le parking. Une balade qui permet de découvrir un mini-cratère. Puis retour au café. Enfin, grâce à des cartes et des clichés, j'obtiens des explications détaillées. Une vidéo montre un film datant de 1908 : on y voit des ouvriers déplacer une voie de chemin de fer nouvellement construite afin qu'elle ne soit pas emportée par une coulée de lave !

Soûlé par les virages et la logorrhée du chauffeur - il n'y a pas de pote, mais il a son portable, je me cale et laisse filer le temps. Parfois, j'entends de sa bouche les mots Bionda ! Bionda ! . mon dictionnaire intérieur me le traduit en Blonde ! Blonde ! Quelques minutes plus tard, tout s'éclaire. A un carrefour, une femme noire traverse sur les clous et, par la fenêtre, le chauffeur lui lance un A la bionda ! Notre ami manie les figures de style. Il se permet des antiphrases. Répréhensibles formellement, mais inattaquables juridiquement...

Réalité touristique et sociologique d'une terre traversée par les époques.

Les vues :

D'abord la " maison bleue " accrochée à la colline ; puis le sommet à midi pile ; une coccinelle sur roche - que faisait-elle là ? ; enfin : un cratère de poche. Les deux vues suivantes datent de 2013 : l'Etna vu de Taormina ainsi qu' une explosion saisie par hasard depuis Zaffarenea.

Et pour clore, ces nuages qui évoquent les vers de Mallarmé : " Montez brouillards ! Versez vos cendres monotones ! "

 2014 - Treizième jour en Sicile
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Published by angelpouyllau
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